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Le Charbon Transfert Convertir en PDF Version imprimable
Soumis par Philippe Berger   
25-11-2005
Pourquoi utiliser le procédé au charbon transfert ?

Ce procédé n'est pas simple à réaliser. En effet, il faut fabriquer soi même son papier mixtionné. La manipulation est très précise parfois difficile et souvent aléatoire. Par contre, le procédé au Charbon donne une qualité d’image supérieure au bromure argentique et égale au platine. On peut de plus choisir la couleur de la pigmentation. Finalement, on est libre de réaliser son image sur des supports aussi différents que le papier, le polyester, le plexiglas, le verre, l’aluminium et bien d’autres, ce qui permet une grande liberté d’interprétation de l’image. En fait, on peut aller jusqu'à utiliser la pellicule de gélatine appelée “Peau de Charbon” seule, puisque qu'elle peut être séparée de son support et exposée telle quelle en toute liberté.
C’est grâce à cette qualité des images, aux différentes chromées disponibles, à la liberté d’utiliser différents supports et à la possibilité de laisser vivre par transparence l’image en dehors de son support en toute liberté que j’ai choisi le procédé au Charbon. C’est le procédé par excellence de l’interprétation personnelle de la photographie artistique. Si en plus, je précise que c’est encore actuellement le procédé le plus stable dans le temps, alors j’aurais tout dit.

Historique du procédé au Charbon

Le procédé au Charbon fut inventé vers 1855 par Louis Alphonse Poitevin et il reste encore à l’heure actuelle le procédé photographique le plus stable dans le temps. Cela est dû au fait que comme son nom l’indique qu’il utilisait le produit de la calcination du bois ou d’os d’animaux. Malheureusement, le procédé au Charbon n’est quasiment plus pratiqué actuellement. En effet, ce papier ne contient pas de sel d’argent comme les papiers photographiques actuellement fabriqués industriellement. Aucune production industrielle de ce matériel n'étant faite, le photographe doit fabriquer lui même son papier photographique au charbon et cela est un travail long et difficile. Personnellement, cela m’a pris au moins 5 ans de travail et de recherches pour manipuler correctement ce procédé.

Principe du procédé au Charbon

Dans une gélatine sensibilisée au bichromate de potassium est inclus un pigment, à l’origine le noir d’ivoire calciné d’où le nom de procédé au charbon. Le bichromate de potassium durcit la gélatine quand elle est exposée à la lumière ultra violette à travers les transparences du négatif et elle devient insoluble dans l’eau chaude. Par contre, la gélatine soumise à l’action de la lumière à travers les opacités du négatif garde sa solubilité lorsqu’elle est dépouillée manuellement dans l’eau chaude par le photographe. La combinaison des pigments de ces deux gélatines forme l’image pigmentaire finale. On peut réaliser des charbons simples transferts, des charbons doubles transferts, des peaux de charbon, des charbons directs. Les procédés pigmentaires seront largement exploités par les pictorialistes (Puyo et Demachy en France et Misonne et Marissiaux en Belgique) jusque dans les années 1930.

En raison de la complexité de cette technique, la fabrication industrielle fut quasiment arrêtée dans l’année 1970. Il n’est pas inutile de préciser le paradoxe suivant lorsque l’on utilise le procédé au Charbon inventé en 1855 c’est à dire un des plus vieux procédés de la photographie et en même temps un négatif numérique propre aux photographies actuelles et futures. Le procédé au Charbon offre une grande souplesse et permet de libérer la photographie du carcan de la représentation objective. La prise de vue ne reste pour moi qu’un élément primordial pour l’oeuvre à venir. L’aventure créatrice ne vient qu’après, lorsque je confronte le sujet à la matière pigmentaire et le fait basculer dans mon propre univers esthétique. Je contrôle l’image manuellement et arrive à travailler ponctuellement sur une chromie, sur la matière même du tirage et en fonction de la spécificité du support utilisé.

Principe du charbon transfert

Toutes les parties qui se trouveront sous les noirs opaques du négatif ne seront pas modifiées ou à peine, puisqu’elles seront préservées des rayons lumineux; la gélatine restera donc soluble. Dans les demi-teintes la lumière agira plus ou moins, selon les différentes valeurs du négatif, peu dans les demi-teintes claires, et assez profondément dans les demi-teintes rigoureuses; la couche mixtionnée se trouvera modifiée dans le même rapport. Dans les grandes ombres, les rayons lumineux frapperont directement la surface sensible, et l’on conçoit que, cette action se prolongeant, l’insolubilisation devra être proportionnellement plus grande que dans toutes les autres parties. Or, l’action de la lumière se produisant d’abord sur la surface de la couche sensible, cette surface sera à peine modifiée dans les parties très faiblement éclairées, et la gélatine sensible restera soluble, ou ne sera insolubilisée, que sur une épaisseur presque nulle.

Dans les demi-teintes, la lumière aura plus profondément pénétré dans la couche et la gélatine sera insolubilisée sur une épaisseur d’autant plus grande que l’action de la lumière aura été plus forte. Dans les grandes ombres, si l’action lumineuse a eu le temps de pénétrer à travers la couche entière de gélatine, celle-ci sera insolubilisée jusqu’au papier, qui supporte la couche mixtionnée. Les deux faces de la préparation sensible sont donc dans un état tout a fait différent et, pour ainsi dire, opposé. L’image encore latente sera constituée par une pellicule de gélatine insolubilisée, présentant du côté opposé à l’action de la lumière des creux et des reliefs, laquelle pellicule sera noyée jusqu’au développement dans la masse totale de gélatine colorée.

Si l’on voulait faire apparaître cette image, la débarrasser de la couche pigmentaire qui l’enveloppe, en faisant agir directement de l’eau chaude sur le papier mixtionné, que se passerait-il? Nous avons vu que la lumière n’a pus traverser toute la couche mixtionnée que dans les grandes ombres. Dans les demi-teintes et dans les grandes lumières, seule la surface du papier mixtionné a été insolubilisé, et cela est d’autant moins profondément que la lumière a été plus faible. Il se trouve donc sous cette couche une autre couche de gélatine soluble qui est, en quelque sorte, le complément de l’image latente, et qui, soumise à l’action de l’eau chaude, se dissoudra. Dans ce cas, la gélatine insolubilisée qui, renfermant la matière colorante, forme l’image, n’ayant plus aucun support pour la retenir, se déchirera et disparaîtra en entraînant avec elle toutes les demi-teintes.

Pour y remédier, il sera nécessaire de dissoudre la gélatine qui n’a pas été attaquée par la lumière, et qui reste soluble entre l’image formée par la lumière et le papier, sans attaquer la gélatine insolubilisée. Le seul moyen d’arriver à ce résultat est de fournir à cette image un support suffisamment résistant qui la préserve pendant qu’on la dépouille de la gélatine qui n’a pas été attaquée par la lumière. Le support protecteur devra être naturellement appliqué sur la surface qui a reçu l’impression; le dépouillement de l’image se fera donc par le verso, les demi-teintes alors ne seront pas attaquées ou détruites, et la seule mixtion soluble sera mise en liberté par l’eau chaude en laissant l’image pure et nette sur le support qu’on lui a fourni.

Procédure du charbon simple transfert

Sans entrer dans les détails des différentes opérations techniques du procédé au charbon, il faut savoir que pour réaliser une image au charbon, il faudra suivre une certaine méthodologie de travail et réaliser quelques manipulations dont la fabrication du papier au charbon et du papier simple ou double transfert.

  • Papier au charbon
    Dans une solution de gélatine entre 10 et 20% additionnée de sucre et de savon, une charge pigmentaire est ajoutée. Après un mélange scrupuleux, la solution chaude de gélatine pigmentée est versée dans un moule constitué de 4 lattes de fer sur un papier mouillée. Après séchage et pressage, on obtient un papier charbon pigmenté non sensible.

  • Papier Simple et Double Transfert
    Sur un papier aquarelle, on étend au pinceau une solution de gélatine à 10%. La gélatine du papier simple transfert est tannée dans une solution de formaldéhyde à 5% tandis que le papier double transfert lui ne sera pas tanné.

  • Sensibilisation
    Le papier charbon pigmenté est sensibilisé dans une solution de bichromate d’ammonium à 3%.

  • Séchage
    A l’obscurité, le papier charbon sensibilisé est séché sous un ventilateur.

  • Exposition
    J’utilise comme source ultra violette, une lampe Philips HPR 125 avec ballaste. J’utilise un négatif jet d’encre sur transparent. Le négatif est bordé de noir sur au moins 1 cm autour de l’image pour éviter un décollement de l’image lors du transfert. Le négatif doit être fort contrasté et de densité élevée. Pour le simple transfert, il faut inverser le sens de l’exposition du négatif pour obtenir l’image charbon dans le même sens que l’image d’origine. Cela n’est pas nécessaire pour le double transfert.

  • Transfert
    Lorsque le papier charbon a été exposé, il est mouillé dans de l’eau froide pendant 2 minutes pour réhydrater la gélatine. Il est alors placé sur le papier simple transfert qui a été préalablement mouillé dans de l’eau froide pendant 15 minutes. On chasse avec une raclette l’excès d’eau entre les 2 supports. On dispose un poids sur les 2 supports afin d’assurer un contact parfait entre les 2 gélatines pendant 20 minutes.

  • Dépouillement
    L’ensemble des 2 supports est immergé dans un bain d’eau chaude à 45°c. Après quelques secondes, le papier charbon se sépare du papier simple transfert qui a emporté avec lui presque toute la gélatine du papier charbon. On continue a dépouillé l’image charbon transférée sur le papier simple transfert. La gélatine est très fragile et il faut éviter de la toucher avec les doigts. Fur et à mesure, dans l’eau chaude, la gélatine pigmentée de l’image charbon se dépouille et l’image apparaît de plus en plus riche avec ses nuances pigmentaires. Lorsque l’image charbon est parfaitement dépouillée, on la place dans un bain d’eau froide pour stopper le dépouillement en durcissant la gélatine de l’image. On peut conserver ou non le bordage pigmentaire autour de l’image. On place alors l’image charbon dans un bain de méta bisulfite de sodium à 5% pendant 5 minutes pour éliminer les traces jaunâtres de bichromate d’ammonium. Après lavage, on place l’image charbon dans un bain de formaldéhyde à 5% pendant 5 minutes pour durcir la couche de gélatine de l’image. Après rinçage, l’image charbon est mise à sécher.

Procédure du charbon double transfert

On réalise un charbon simple transfert sur un support polyester légèrement graissé puis après durcissement de la gélatine dans un bain de formaldéhyde, l’image est accolée à un papier double transfert (papier gélatiné non tanné) dans un bain d’eau tiède ramollissant la gélatine du papier transfert. On chasse avec une raclette l’excès d’eau entre les 2 supports. On dispose un poids sur les 2 supports afin d’assurer un contact parfait entre les 2 gélatines pendant 20 minutes. On laisse sécher les gélatines, sans y toucher, pendant 48 heures. Lorsque elles sont parfaitement sèches, la gélatine de l’image est complètement transférée du polyester vers le papier double transfert. L’image est brillante. Pour obtenir une image mate, il faut de nouveau immerger la gélatine dans un bain d’eau froide puis laisser sécher.

Peau de Charbon

La peau de charbon est un charbon transfert dont l’image est transférée sur un support de gélatine translucide.

Accidents spécifiques du procédé au charbon

Sans entrer dans les détails, le principal accident propre au procédé au charbon est la surexposition qui provoque un durcissement exagéré de la gélatine du papier charbon et provoque un décollement de la gélatine de l’image charbon lors du transfert sur le papier simple transfert.

Remerciements

Je voudrais remercier mon ami et photographe Camille Favre (France) qui m’a tout appris sur le procédé au charbon. Sans lui, je ne serais jamais arriver à domestiquer ce procédé mythique de l’histoire de la photographie.

Littérature

J’ai écrit un livre technique sur le procédé au charbon transfert qui reprend ma méthodologie de travail de ce procédé. J'offre aussi un cours par correspondance, qui reprend étape par étape la réalisation d'un charbon transfert. Le livre et le cours sont disponibles sur mon site personnel ou en me contacter à mon adresse email:

Bibliographie

Tous les livres anciens traitant du procédé au charbon apportent des informations intéressantes et utiles. J’ai la chance de posséder un certain nombre de livres anciens originaux du début de ce siècle traitant de ce procédé au Charbon:

« L’Interprétation Artistique par la Photographie » par E. Rombaut
« Vade-Mecum de Photographie » par D. De Roos et S. Hereyns
« Le Charbon Moderne et le Dépouillement à l’Eau de Javel » par G. Schweitzer
« Traité Complet de Photo-Peinture » par A. M. Villon
« Traité complémentaire de Photographie Pratique » par C. H. Niewenglowski
« La Photographie des Couleurs à la portée de tous » par G. Naudet
« La Photographie des Couleurs » par A. Ducos du Hauron
« La Photographie des Couleurs par Impressions Pigmentaires Superposées » par Léon Vidal
« La gomme Bichromatée » par G. Naudet (Copie)
« Traité Pratique de la Photographie des Couleurs » par L. Dugardin
« La Photographie au Charbon Simplifiée » par E. Tranchant
« La Technique Photographique » par L. P. Clerc (Plusieurs éditions)
« LeTirage des épreuves en photographie » par F. Dillaye

Conclusion

En conclusion, je vous invite à tenter cette formidable aventure du procédé au charbon bien moins difficile qu’il n’y paraît.

Dernière mise à jour : ( 27-11-2005 )
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